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PTTP : La distribution à la demande (5/7)

décembre 10, 2009

Pionnier dans le cinéma numérique, Fabio Lima a créé MovieMobz, un site web brésilien qui permet aux internautes de voter pour les films qu’ils veulent voir dans les salles de cinéma, le principe même du cinéma à la demande. L’intérêt est d’éliminer la distribution traditionnelle en 35mm, les minima garantis, les bandes annonces standardisées, les engagements hebdomadaires de distribution. De cette façon, il y a une réduction effective des coûts, du prix des tickets, des salles de cinéma vides. Ce qui permet d’augmenter l’offre de contenus, les informations et recommandations, la flexibilité du marketing et de la programmation, l’implication de l’exploitant ainsi que sa part sur le prix du ticket. De cette boucle bien pensée, en sort une idée sur laquelle Fabio Lima a construit son modèle économique : le spectateur. Tout dépend de lui.

A titre d’exemple, Fabio Lima a cité la première sortie réalisée le 21 avril 2009 : il s’agit du documentaire sur le groupe Iron Maiden, Flight 666 de Sam Dunn, qui a rassemblé 500 fans, programmées sur 13 salles de cinéma, avec une campagne sur le net pour mobiliser les fans (d’où le nom de MovieMobz) et après quatre semaines, 90 salles ont été programmées à la demande. Au final 33 000 tickets ont été vendus, dans 11 pays d’Amérique Latine, dans un format numérique (du 2K ou HD), alors que 7 000 tickets ont été vendus aux USA, et 12 000 au Royaume Uni. Fabio Lima souligne que son succès repose avant tout sur le réseau social qu’il a créé en Amérique Latine.

L’inévitable question sur le coût du réseau a été posée, soulevant ainsi le côté abordable du Brésil contrairement aux Etats Unis ou la France, dont les infrastructures sont beaucoup plus onéreuses. De plus, Fabio Lima a précisé qu’il ne voulait pas faire de MovieMobz un site web dédié à la VoD (à savoir, films disponibles à tout moment sur internet ou plateformes dédiées), car la salle reste le lieu privilégié du cinéma. Il se mettra à la VoD pour les villes qui n’ont pas de salles de cinéma, avec des sorties day to day (sortie le même jour pour la salle, le DVD et la VoD). Et se dit prêt à travailler sur des ressorties de films qui n’auraient pas eu le succès escompté au moment de leur sortie.

Fondateur de Content Republic, société de distribution numérique de films à l’échelle européenne Michel Peters a brillé par son illustration très concrète des obstacles existants dans la distribution numérique. En effet, il a d’abord demandé à l’auditoire qui était réalisateur ou producteur (une vingtaine), et qui était distributeur ou vendeur (à peine 3). Puis, en décortiquant son chemin de croix pour visionner la Palme d’Or 2008 Entre les murs de Laurent Cantet depuis les Pays Bas (le film n’est disponible qu’en DVD et ne peut être téléchargé légalement depuis des sites de VoD français comme Universciné ou Virginmega), il a montré par A + B que la seule possibilité qu’il lui restait était de le télécharger illégalement, ce qu’il a fait sur Bittorrent, en définition Blu Ray (preuve à l’appui). Ainsi, les obstacles apparaissent de manière très claire : la disponibilité numérique des titres, la fragmentation des droits avec la géolocalisation, les fenêtres d’exploitation, les canaux de distribution et les modèles économiques existants. Les acteurs traditionnels doivent s’appuyer sur de nouveaux modèles de distribution, car ceux auxquels nous sommes habitués ne fonctionnent plus. Pour les studios, la situation peut être stable pendant un moment, car ils vendent plusieurs films en même temps, tandis que les indépendants qui ont un ou deux films vont devoir se battre pour leur distribution.

Ainsi Content Republic achète les droits VoD aux distributeurs dans chaque pays, mais préfère les acheter directement en gros au vendeur, ce qui est rarement possible (car le vendeur aura davantage de difficulté à vendre les droits à un distributeur sans la VoD). La commission se situe entre 40% et 20%.

Enfin, la présentation de M Dot Strange a clos la discussion sur la distribution d’une manière plus que rafraîchissante. M Dot Strange a 29 ans. M Dot Strange a réalisé un film d’animation, We are the strange, tout seul dans sa chambre pendant 3 ans pour un budget de 20 000€. Mais qui est-il ?

En 2005, il a commencé un blog en postant des vidéos de making of, également sur youtube. Il a décidé qu’il se baserait sur le crowdsourcing, c’est à dire en proposant à des internautes de prêter leur visage pour qu’il puisse créer les siens en animation : il a ainsi créé un buzz autour de son film, en lui permettant d’accéder au sacro saint statut de culte. Le bouche à oreille a bien fonctionné, il a par conséquent continué dans cette voie en mettant en ligne des concours de déguisements et en guise de prix, des photos ou des images du film à venir. M Dot Strange a ensuite rappelé que tout s’est enchaîné de manière rapide et quasi insaisissable, après les 500 000 visionnages en 5 jours de sa bande annonce. Sélection à Sundance, embauche d’un attaché de presse, d’un avocat et d’un agent de vente. Mais la projection ne s’est pas bien passée… et les spectateurs ont détesté le film, en partant au milieu. Au final, les internautes, les jeunes qui l’avaient soutenu, des “marginaux” selon les professionnels, étaient son vrai public (“it’s for outcasts who don’t buy things, but deal things” vaut son pesant d’or). Par conséquent, il a refusé les offres de distributeurs qui lui proposaient un minimum garanti de $100 000 pour 17 ans. Il a donc décidé de continuer à tout faire lui-même, également pour les DVDs : il en a vendu 400 la première semaine. Il a mis son film gratuitement en ligne sur youtube, et les internautes l’ont sous-titré en 17 langues différentes. Il appelle ça sa torrentical (=torrent + theatrical) release. Les ventes de DVDs de We are the strange ($7 000) lui permettent de financer son prochain film dont le budget est moins élevé, $15 000. Il est devenu un Youtube partner program, ce qui lui permet d’être payé en fonction des visionnages des vidéos qu’il poste. Ainsi, il souligne que la moitié de son public est non anglophone et n’a pas 18 ans. Les jeunes de demain, un grand de demain.

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