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RFEU : Les évolutions du financement des films (4/4)

janvier 15, 2010

La journée a été clôturée par un panel dédié aux évolutions du financement des films, modéré par le producteur Eric Nevé (Les Chauves-souris) et auquel ont participé Gaël Nouaille (vendeur chez Wild Bunch), Vicente Canales (directeur des ventes chez Filmax), Gustavo Ferrada (directeur du département Cinéma de TVE), Bernard Tani (directeur TV et VoD chez Orange) et Joaquin Garcia (Responsable VoD et PPV chez Télefonica).

Si plusieurs intervenants se sont appliqués à communiquer via des présentations très corporate sur leur offre de services respectifs, Gaël Nouaille de Wild Bunch a posé les bases d’un questionnement raisonné sur les évolutions en cours, dans le domaine de l’amortissement des investissements effectués tout au long de la chaîne de valeur dans le secteur du cinéma, tandis que Gustavo Ferrada a appelé à une meilleure répartition des aides publiques espagnoles.

La triple crise de financement

L’accent a été mis sur les profondes mutations que traverse le secteur aujourd’hui. La crise économique (en particulier la crise de crédit qui s’en est suivie) a largement asséché les ressources bancaires des distributeurs nationaux pour avancer d’une part les minimum garantis (MG), à-valoir traditionnel à l’acquisition d’un film, et d’autre part pour financer des frais marketings liés aux sorties salle qui suivent une tendance inflationniste. Du point de vue de l’exploitation en salle, certes les chiffres sont encourageants, mais comme l’a souligné l’exportateur, au regard du nombre de films qui sortent chaque semaine sur les écrans, les recettes par film suivent une tendance à la baisse. Toujours conséquence de cette crise économique, les fonds d’investissement et les sociétés de capital risque, qui avaient investis des sommes conséquentes dans la production cinématographique, se sont retirés du secteur après avoir essuyé entre 2007 et 2009 des pertes globales avoisinant les 2 milliards de dollars. Notamment, les fonds qui finançaient les acquisitions de Wild Bunch depuis la création de la société se sont complètement retirés du secteur « et ne sont pas prêts d’y remettre les pieds » dixit l’exportateur.

Malgré tout, misant sur le potentiel d’attraction du marché, Gaël Nouaille s’est montré optimiste quant à sa capacité à attirer de nouveaux capitaux (notamment en provenance du Moyen Orient ou d’Inde). Il a d’ailleurs mis l’accent sur la nécessité de rationnaliser la production, préconisant un ralentissement du nombre de films produits (à l’instar des axes stratégiques adoptés l’an dernier à l’unanimité par les studios US mais également préconisés dans le secteur indépendant).

clip_image002Du côté des ventes toujours, alors même que les studios US voient leur part de marché (PdM) à l’international atteindre des records en salle en 2009, la PdM des productions nationales sur chaque marché a également largement augmenté au cours de cette période, accentuant encore l’engorgement du marché pour les productions étrangères non US. Les films français notamment subissent de plein fouet cette concurrence accrue, voyant leur potentiel d’attraction largement réduit à l’international en dehors de quelques titres phares sur quelques marchés. Aux Etats-Unis surtout, où les films étrangers primés en festivals trouvaient jusqu’à il y a deux ans des distributeurs (Sony Pictures Classics, Magnolia Pictures, etc.), prêts à les distribuer en contrepartie d’un MG conséquent pour ce genre de production.

Aujourd’hui, la crise du secteur indépendant a résulté en un désengagement de ces distributeurs spécialisés du marché. Ces derniers laissent le soin à IFC Films notamment de trouver un public aux Etats-Unis, notamment via une exploitation VoD. Or ces nouveaux réseaux sont loin de compenser le manque à gagner du MG pour les exportateurs et les producteurs (sur certains titres, il représentait jusqu’à 30% du budget de production du film).

Une autre conséquence de la crise économique a été ressentie du côté des montants investis dans la production par les chaînes de TV. Ces dernières ayant vu leurs ressources publicitaires diminuer de manière conséquente, de nombreux acteurs ont annoncé un retrait début 2009 du secteur. En Allemagne notamment, 90% des projets greenlightés faisaient jusqu’à l’an dernier l’objet d’un pré achat par une chaîne TV. ProSieben qui était un acteur majeur du marché a annoncé début 2009 diminuer de 80% son budget d’acquisition, ce qui a largement amputé les budgets de productions. En Espagne également, une réforme vise à annuler les obligations d’investissement des chaînes TV dans la production nationale et européenne.

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Du côté des exportateurs, ces tendances de fond se sont matérialisées par une tendance déflationniste du CA des ventes internationales effectuées avec les distributeurs nationaux.

Ces derniers ont en effet subit de plein fouet les conséquences du piratage comme des mutations en termes de consommation vidéo, qui ont amputé d’autant leurs ressources. Et les producteurs voient leurs ressources taries tant au niveau des banques, que des chaînes TV.

Du coup, on pourrait conclure que le marché est en berne… Mais il faudrait effectivement sans doute envisager de sortir moins de films en salle, voir de produire des films moins chers. C’est-à-dire produire des films ayant des budgets proportionnels avec leur potentiel commercial. Pour les autres, les petits films, ceux qu’il est indispensable de produire mais qui ne vont pas rapporter un kopek, ils pourraient faire l’objet de campagnes marketing virales à moindre coût et d’une exploitation sur les nouveaux réseaux qui ne bouleverserait pas l’équilibre d’un marché déjà sur la corde. L’expression de la diversité culturelle peut aussi prendre de nouvelles formes à l’heure du tout numérique. Non ?

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