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Jérôme Seydoux, Pathé et le cinéma : la preuve par 3

mars 29, 2010

A l’occasion d’un petit déjeuner organisé par la Chaire ESSEC Media & Entertainment à la Maison des Centraliens, Jérôme Seydoux, PDG de Pathé, est venu exposer sa vision sur le thème Pathé, une “major” européenne face aux studios américains. Après avoir présenté l’invité comme un industriel pragmatique, le journaliste Philippe Escande des Echos a ouvert le bal des questions par une citation du principal intéressé : « le poker est un jeu de hasard où c’est le meilleur qui gagne ». Qu’en est – il alors du cinéma ? Jérôme Seydoux y a donc répondu par une autre citation, d’un maréchal : « [à la guerre] il y a des règles, mais il n’y en a pas beaucoup ». Ainsi, les quelques fondamentaux qu’il dit avoir appris de Claude Berri, producteur attitré de Pathé jusqu’à sa mort, sont le scénario, le scénario, et le scénario. Sorti de la bouche de l’heureux gagnant des Ch’tis, on ne peut que sourire.

Son empire se divise en deux pôles (car il considère que l’exploitation est vraiment à part), la production et la distribution, dont il n’envisage pas de faire l’un sans l’autre, question de puissance et d’assise. Jérôme Seydoux ne répondra jamais, pendant toute l’interview, aux questions chiffrées. Il consent à parler de son chiffre d’affaires de 2009, 700 millions d’euros, donc 500 pour l’exploitation (sous la bannière Europalaces qui regroupe les cinémas Gaumont et Pathé), et 200 pour la production et la distribution. L’exploitation reste donc la vache à lait du groupe, et il défendra bec et ongle la salle, et donc l’importance de conserver une chronologie des medias qui fasse la part belle aux salles.

Comment finance-t-on les films chez Pathé ? Jérôme Seydoux insiste sur le risque inhérent à toute production : soit c’est un film en langue anglaise comme Slumdog Millionnaire de Danny Boyle (qui a généré 350 millions de recettes) dont le financement est structuré à partir de la vente des mandats à l’international, soit c’est un film français dont une partie importante est prise en charge par les chaînes de télévision en parts de coproduction et en préachat (il dira joliment que les films Pathé ne sont pas touchés par la baisse des prix due à la baisse des recettes publicitaires, car les chaînes de télévision recherchent des films à fort potentiel, donc ce que fait Pathé, comme Camping 2 de Fabien Onteniente ou le nouveau film de Dany Boon, Rien à déclarer). Mais le risque est là, car tous les mandats (sauf TV donc) restent aux mains de Pathé qui devra attendre les remontées de recettes de la salle, de la vidéo et des ventes à l’international. Selon ses dires, Pathé ne sait pas faire des films à petit budget… Jérôme Seydoux est resté un peu vague sur les techniques de financement maison (dettes, fonds propres, on ne saura quelle est la part de l’un et de l’autre), et il a insisté sur le fait qu’il ne veut pas entrer en Bourse afin de ne pas être dépendant des fluctuations des marchés, et aussi de ne pas jeter sur la place publique ses échecs comme ses succès (plutôt les premiers…). Il n’a pas l’intention de créer une filiale américaine (il y a déjà la filiale Pathé UK à Londres qui initie les projets en langue anglaise), car il faudrait s’installer à Los Angeles, ce dont il n’a pas envie.

Concernant la chronologie des medias, il a été plus que clair en disant que s’il n’y en avait plus, « [il pourrait] fermer Pathé »… La salle reste le moteur du cinéma (sans jeu de mot), et plus on pressure cette première fenêtre d’exploitation, plus on favorise les blockbusters qui font leurs recettes sur le premier mois, plus on fragilise les films plus difficiles. Venant d’un homme qui dit ne pas être gêné par les petits films car « ils font des petites recettes et ne dérangent personne », c’est une maxime à prendre en compte. L’anecdote rapportée sur le banquier qui voulait lui vendre un catalogue de « films fantastiques jamais diffusés en salles » a fait rire plus d’une personne dans la salle. Il ne s’oppose pas à la VoD, en précisant qu’il faut essayer des choses en business afin de pouvoir en réussir d’autres, mais la VoD ne doit pas être perçue comme un relais de croissance, dans la mesure où tout découle de la salle. Ainsi, les cinémas garderont leur place s’ils continuent à toujours proposer des blockbusters qui font venir les spectateurs, et si l’équipement est à la hauteur de la technologie et offre également du confort, de la convivialité au spectateur. D’ailleurs, la numérisation des salles Europalaces est en cours (le groupe détient le seul écran IMAX de l’Île de France au Gaumont Disney Village), et sera terminée dans 2 ou 3 ans. Il a également parlé de l’expérience de montrer de l’opéra ou des matchs de rugby en direct dans les salles : c’est une expérience alternative qui permet de faire venir au cinéma ceux qui n’y vont pas habituellement. Aux réfractaires qui se plaignent de la réduction de places pour les films, il leur répond que ces projections sont marginales (car l’idée c’est que ce soit en direct) et que cela ne représentera jamais un chiffre d’affaires important. Il argumente aussi en disant que les salles ne sont pas si pleines au final et qu’il faut bien maximiser l’espace ! Pathé produira-t-elle des films en 3D ? Apparemment, la réflexion est en cours, mais il faut trouver le bon sujet.

En guise de conclusion, Jérôme Seydoux veut que le cinéma offre des claques, de la qualité et du confort. La preuve par 3, on vous dit.

ADDENDUM: le 31 mars à 20h, a eu lieu la retransmission en HD du ballet Flammes de Paris, dansé par le Bolchoi, en direct de Moscou, dans 60 salles du circuit Gaumont Pathé, au prix de 22€ la place (voir programmation ici)

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